Ralentir le temps, un mouvement à la fois

Diana Pollard

Depuis l’ouverture du Centre Multisports en 2012, une femme offre des cours de marche tonique et de mise en forme au son de la musique pop des années 1980 et de succès digne de ramener à la surface des souvenirs de jeunesse. Devant elle, une classe assidue, disciplinée et fidèle bat le rythme. Rien de bien particulier jusqu’ici, sinon que la moyenne d’âge des participants tourne autour de 70 printemps.

« Toutes les passions s’éloignent avec l’âge », a déjà écrit Victor Hugo. Plus d’un siècle et demi a passé depuis la disparition de l’homme et une étude pas du tout scientifique fait croire qu’aujourd’hui, en 2017, rien n’est plus faux. Il suffit de regarder du côté de l’espérance de vie pour constater que non seulement l’homme et la femme vivent plus vieux, mais mieux. Un tout petit échantillon de ce constat se trouve dans une salle du Centre Multisports où Diana Pollard donne ses cours de marche tonique deux fois par semaine. De multiples exercices fonctionnels en classe pour le bien-être du cœur, du dos et de la posture, suivis de séances de marche rapide sur la piste située de l’autre côté de la porte de la salle de cours : « C’est bon pour le moral, c’est important de bouger, c’est bon pour les muscles, énumère Diana Pollard au sujet des bienfaits de son cours. Avec le temps, on perd de la posture. Il faut bouger les muscles et travailler le moteur. Pour les messieurs, on parle de voiture.

Claire, Clive et Diane

Parmi ces messieurs présents, Clive Epten, un homme de 79 ans d’Hudson, marche tous les jours, beau temps, mauvais temps, et se présente assidûment au cours de marche tonique les mardis et jeudis : « J’ai toujours fait de l’exercice et j’aime me garder en forme », résume simplement l’homme. Diana Pollard a commencé à donner des cours de spinning au tournant du siècle, dans un YMCA, mais fait de l’exercice depuis toujours. Elle cite en exemple une dame de 105 ans qui donne des cours de yoga sur Facebook et un homme qui court aujourd’hui encore à l’âge de 95 ans : « J’aime beaucoup ces histoires-là », confie la prof. Personne ne se fait prier pour parler du cours offert par Diana et de l’entrain apporté par la femme dans chacun de ses cours : « Des fois ça nous tente moins, mais aussitôt qu’on rencontre Diana la bonne humeur revient, s’exprime Diane qui en est à sa troisième année de cours. « Nous avons beaucoup de plaisir, intervient Claire, Diana met de la musique de notre temps, on rit, c’est comme un jeu.

Ce n’est pas difficile, mais c’est demandant. Monsieur et Madame Tout-le-monde peuvent venir ici. Je sensibilise mon entourage. Certains me disent qu’ils ont mal au genou… Eh bien! Tu es aussi bien de venir, tu vas avoir mal quand même! » C’est possiblement ce qui ressort le plus de cet entretien : la lucidité de se garder en forme afin de vieillir en santé et de ralentir un peu le temps qui fuit inexorablement : « C’est ça qui fait qu’on demeure en santé et qu’on évite d’être malade, ajoute Claire. Le corps prend ce que tu lui donnes. Si tu lui donnes de la santé, il va te donner de la santé ». Au-delà de l’esprit de communauté qui ressort des cours de marche tonique, au-delà aussi du plaisir évident que ces personnes ont à bouger et à se rencontrer les mardis et jeudis, le groupe mené par Diana Pollard offre une vitrine inspirante à tous ceux, jeunes ou vieux, rebutés par l’obligation de bouger. Les passions ne s’éloignent pas avec l’âge, M. Hugo, elles se réaffirment avec encore plus de force et d’authenticité!

Patrick Richard