Pourquoi moi?

photo-helene-lamarreHélène Lamarre

Imaginer une route, la vôtre, telle la route de la vie. Sur cette route, des entrées, des sorties, des joies, des peines, des bonheurs, des souffrances. Puis un matin, les bras pâtissent, les jambes boitent, le corps peine. Le temps passe, aussi, mais aucun médicament ne soigne. La douleur s’endure comme peut s’endurer un mal envahissant aux bras et aux jambes. Sur sa route, Hélène Lamarre emprunte la voie de desserte le temps de comprendre ce qui se passe : « Je ne suis pas le genre de personne à rester assise chez moi, s’exprime-t-elle. Ce n’est pas vrai que je vais passer le reste de ma vie à souffrir. » Elle entre en contact avec des spécialistes, notamment un physiothérapeute qui la suit pendant cinq ans. Elle questionne les médecins, cherche et expérimente. L’eau, d’abord, qu’elle déteste, un ostéopathe, ensuite, qui réussit à la ramener à un niveau à peu près fonctionnel. Puis le Centre Multisports, finalement, où elle finit par retrouver le droit chemin : un chemin sinueux, loin des hôpitaux, marqué par la détermination et les conseils reçus.

Choisir de s’en sortir

Ce cheminement avec le Centre Multi­sports représente aux yeux de la principale intéressée une avenue singulière, sans artifice ni quoi que ce soit d’exceptionnel : « Je suis tout à fait normale à côté de vos athlètes », répète-t-elle, comme pour justifier sa présence dans ce magazine. Pourtant, plusieurs leçons peuvent être tirées de cette voie empruntée selon la lunette que l’on décidera de braquer sur elle. Si tout le monde vit ses problèmes, comme elle le dit, moins nombreux sont ceux qui sont prêts à essayer n’importe quoi pour s’en sortir, qui rejettent le statu quo et qui, par-dessus tout, refusent de se condamner : « Je suis plutôt le genre de personne qui se bat, qui fonce et qui n’a peur de rien », confirme-t-elle. Elle dit avoir eu la chance de grandir entourée de femmes fortes, à commencer par sa grand-mère, et a toujours bougé le moindrement, en kayak, à vélo ou à pied. Mais son mal naissant aux bras et aux jambes a coupé net sa liberté de se remuer. Elle a d’abord suivi la voie classique, celles des hôpitaux et des spécialistes, pour aboutir dans une clinique de la douleur où l’on apprend aux gens éplorés à vivre… avec la douleur : « Vous allez faire quoi? » a-t-elle demandé au médecin sur place. « Rien de ce que vous faites déjà », lui a-t-il répondu. Un cul-de-sac thérapeutique qui l’a mis devant le choix de l’immobilité ou de l’action. Elle a choisi l’action.

Et vint le kinésiologue

Au fil de ses recherches, Hélène Lamarre a découvert l’existence des kinésiologues formés, entre autres, pour préparer des programmes d’entraînement sur mesure pour les athlètes et pour tous ceux qui font appel à eux. Nous sommes à l’époque où le Centre Multisports vient d’ouvrir ses portes. Elle rencontre alors David Forget, kinésiologue décidé à aider cette femme têtue :

« Quand je suis arrivée au Centre, David m’a dit : Mon but est que ça devienne une drogue. Je veux que tu reviennes ici parce que tu es bien, parce que tu aimes ça. Ce n’est pas tant une question de muscle. »

Elle se rend donc au Centre une fois, trois fois puis jusqu’à quatre fois par semaine, fermement résolue à se remettre sur pied. Elle passe les quatre premiers mois dans la salle de musculation à renforcer ses biceps brachiaux et autres péroniers latéraux et attend une année avant d’intégrer une première classe. « David s’ajustait selon ce que je ressentais, raconte-t-elle. On fonctionnait par essai-erreur. » Elle accumule les heures de vélo, s’inscrit d’ailleurs à des classes de spinning (cardiovélo) et de yoga, et lentement, la femme retrouve son énergie et revient à temps plein à son travail chez Bourassa-Boyer où elle agit comme comptable. « Le fait d’avoir eu des problèmes de santé m’a amenée à m’arrêter, estime Hélène Lamarre. Et à me dire qu’il faut en profiter. Les gens attendent qu’il leur arrive quelque chose avant de se prendre en main. Moi, ça m’a pris ça. »

Le sport comme thérapie

Si, au contact des professionnels du Centre, Hélène a grandement progressé, elle n’est jamais revenue tout à fait comme avant. Un côté de son corps fonctionne moins bien, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son ascension. Elle a réalisé la Grande Boucle des Trois-Lacs en juin, a parcouru 80 km à vélo lors du tournoi golf/vélo de la Chambre de commerce et d’industrie de Vaudreuil-Soulanges cet été et jusqu’à tout récemment, roulait régulièrement aux côtés de sa mère âgée de 75 ans. Elle voyage à pied et à vélo avec son mari, fréquente assidûment le Centre et voit toujours son kinésiologue. Si elle n’est pas revenue tout à fait comme avant, c’est aussi parce que cette expérience l’a transformée intérieurement : « Je n’ai pas peur de le dire, ce fut une thérapie autant physique que mentale, admet la voyageuse. Ici, ce sont des milieux d’affaires très durs, le fait d’être entouré de gens, de suivre des entraînements difficiles m’a beaucoup aidée. J’en ai forcé un coup, mais j’avais du plaisir, j’étais contente d’aller là. Je voyais les bienfaits. »

Pourquoi moi? S’était questionnée la principale intéressée au sujet de cet article. Pourquoi vous, Hélène Lamarre? Pour votre détermination, certes, mais surtout, pour avoir pris le temps et montrer la voie à d’autres que ce temps ne s’invente pas, il se prend : « J’ai expliqué à plein de gens ce que je fais, relate-t-elle, et ils me disent qu’ils n’ont pas de temps. Le problème est que les gens ne prennent pas de temps pour eux. C’est la réponse classique, je n’ai pas le temps. Mais mettez-le à l’agenda! »