La détermination d’un battant

Dr Jacques Thibault

La vie nous réserve toujours des surprises, parfois des bonnes mais aussi des moins bonnes. Les premières, on les accueille toujours avec plaisir. Les secondes, on doit composer avec et choisir comment réagir. Les habitués du Centre Multisports auront sûrement remarqué, à un moment ou à un autre, un homme à la tête blanche, marchant sur la piste d’athlétisme, la jambe droite traînant légèrement, le bras droit en flexion figé, le regard droit et déterminé. On peut le voir aussi à la salle de conditionnement physique exécutant inlassablement des exercices de force, d’assouplissement et de coordination, obéissant efficacement aux directives de sa kinésiologue Marie-Michèle Castonguay. Cet homme, c’est le Dr Jacques Thibault, 70 ans.

Un virage de 180 degrés

Jacques Thibault
Jacques Thibault

L’entrevue que nous avons faite avec lui s’est déroulée en marchant à ses côtés sur la piste d’athlétisme du Centre Multisports durant un bon trois quarts d’heure. Pas question pour lui d’arrêter. Originaire de Mont-Joli, Jacques a commencé sa carrière comme professeur d’éducation physique à Sainte-Thérèse. Bien qu’il aimât côtoyer les jeunes, la profession ne le motivait cependant plus assez après cinq ans. Au détour d’une rencontre déterminante, il prit la décision de faire un virage à 180 degrés et de retourner aux études en médecine dentaire, « une excellente décision » prend-il soin de préciser. Une fois promu, il a pratiqué 33 ans comme chirurgien-dentiste dans son propre cabinet à Ottawa, tout en demeurant durant tout ce temps à Hudson. « J’ai adoré pratiquer comme dentiste, j’étai heureux comme ça se peut pas. »

À voile, dans la baie

Athlète accompli, il était un adepte de la course à pied et un passionné de ski alpin. Comme coureur, il a complété quelques marathons et plusieurs courses de 5 et 10 km ainsi que des demi-marathons. Comme skieur, il a dévalé les plus belles montagnes d’Amérique du Nord, avec toute l’énergie et la fougue qui peut animer une personne en pleine possession de tous ses moyens. Possédant une résidence secon­daire dans la baie Georgienne, au nord de Toronto, il a développé une véritable passion pour lavoile, sillonnant durant des années la baie Georgienne et le lac Huron, véritables mers intérieures. À la barre des quelques voiliers qu’il a possédés au fil des ans, il a navigué par beau temps, mais il a aussi affronté les coups de grains des mauvais jours avec la confiance et la détermination qui l’ont toujours animé.

Le corps comme prison

D’homme hyperactif qu’il était avec des projets de voyages et d’aventures plein la tête pour sa retraite, sa vie a tragiquement basculé il y a trois ans. En l’espace de trois semaines, il a été victime de quatre accidents vasculaires cérébraux (AVC). Si les trois premiers ne l’avaient pas trop affecté, le quatrième l’a laissé complètement paralysé du côté droit. En l’espace d’un instant, il s’est retrouvé prisonnier de son propre corps. Trois longues semaines paralysé dans un lit. L’année qui suivit fut très difficile : réapprendre à se lever, à marcher, apprivoiser son corps et ses nouvelles limitations.

La pente est difficile à remonter, mais avec la détermination qui l’a toujours caractérisé et avec le soutien indéfectible de son épouse Katherine, « le plus beau cadeau que la vie m’a donné » dit-il avec émotion, Jacques est présent presque tous les jours au Centre Multisports pour s’entraîner et retrouver tous ses moyens. « Je marche sur la piste et je m’entraîne à la salle de conditionnement physique beau temps mauvais temps. Je nage deux fois par semaine et je fais aussi des séances sur le Neurotracker et je suis pas mal bon! », dit-il en éclatant d’un grand rire. Sa kinésiologue, Marie-Michèle Castonguay, ne tarit pas d’éloges à son égard : « C’est tellement plaisant de travailler avec monsieur Thibault. Il accepte tout ce que je lui demande de faire, il est déterminé. Malgré ses limitations, il ne se plaint jamais et veut toujours aller au bout des exercices. » Parce que Jacques a un objectif en tête : prendre à nouveau le départ d’une course à pied, « et je vais le faire, je te le dis! ». Quarante-cinq minutes après l’entrevue, Jacques était toujours sur la piste à tourner. Un battant.