Telle est sa quête

Alexandra Goulet, Gymnaste

Il est 5 h 30 du matin, un mardi. Ou un mercredi. Ou n’importe quelle autre journée de la semaine. Elle exerce ses muscles adolescents en vue de retourner le plus rapidement possible sur les poutres, les barres et au sol. L’an dernier, en raison d’une blessure au dos, elle a dû s’absenter de son sport de prédilection, la gymnastique, pendant la moitié de l’année. À un âge où la plupart des gens dorment à poings fermés, Alexandra Goulet, elle, renforce ses muscles dorsaux. Pour retrouver sa salle, son monde, sa vie, dans l’univers de Gymini, à raison de 20 heures par semaine.

UNE PREMIÈRE EN 35 ANS

Le mois dernier, la jeune coteaulacoise a concouru dans une compétition nationale à Halifax. C’était la première gymnaste du club Gymini à participer à une compétition d’une telle envergure. Le club a 38 ans, elle en a 13. « Elle travaille fort comme je n’ai jamais vu quelqu’un travailler fort, elle se concentre, raconte Stacey Hylen, maman de la jeune athlète. C’est une inspiration pour moi de la voir travailler comme ça ». Son entraîneuse, Mihaela Bar, que tout le monde appelle Mia, abonde dans le même sens : « Elle, je l’ai prise parce qu’elle travaillait, tout le temps, tout le temps, tout le temps, affirme-t-elle. Elle avait 8 ans, ce n’était pas toujours très beau, elle tombait, elle remontait, elle tombait et remontait, elle n’arrêtait jamais, jamais, jamais. » Persévérance et détermination sont des mots qui reviennent bien souvent dans la conversation réunissant Alexandra, sa mère et son entraîneuse. Alexandra a intégré le programme sport-études de l’école secondaire du Chêne-Bleu et passe tous ses après-midis à perfectionner son sport : « L’an passé, se rappelle-t-elle, mes amis trouvaient que je faisais trop de gym et que j’en parlais trop. Mais c’est ma vie! Même à la maison, je fais juste penser à la gym. »

UNE AFFAIRE DE PARENTS

Très tôt dans sa vie, la jeune gymnaste a su ce qu’elle voulait faire : adieu les cours de danse et de natation, les portes du local de Gymini l’attirent bien davantage : « En première année, j’ai décidé que c’était juste ça que je voulais faire, explique-t-elle. C’est le sport que j’aimais le plus. » Son entraîneuse raconte que les jeunes sont recrutés directement dans le volet récréatif. À deux reprises dans l’année, les entraîneurs viennent scruter les plus talentueux ou, comme Alexandra, les plus travaillant. Ceux-ci passent ensuite en audition afin de montrer s’ils font aussi bonne figure dans une discipline que dans l’autre. Vient enfin la discussion avec les parents à qui on explique les sacrifices et le travail qui les attendent, l’engagement dont ils devront faire preuve s’ils acceptent que leur enfant passe au compétitif et aspirent, comme Alexandra, aux plus hauts sommets. « Tu ne peux pas prendre toutes les vacances que tu veux parce que si Alexandra veut aller au national, elle devra travailler tout l’été », précise Stacey, dont la mère vit aux États-Unis, ce qui complique un peu les choses quand vient le temps de planifier les déplacements. « Alex a été chanceuse d’avoir des parents comme ça, ajoute Mia, parce que ce n’est pas évident. On n’a pas deux semaines de vacances collées. » Au talent de l’une et à l’acharnement de l’autre, ajoutons l’engagement des parents dans la fabrication d’une gymnaste digne de ce nom.

« En première année, j’ai décidé que c’était juste ça que je voulais faire », explique-t-elle.

LE RÊVE OLYMPIQUE

C’est connu, la carrière d’une gymnaste, pour toutes sortes de raisons que l’espace de cet article ne permet pas de mentionner (pour cela, rendez-vous sur le site Web du magazine), est fulgurante. On commence jeune et sitôt l’âge adulte arrivé, la retraite pointe à l’horizon de la vingtaine. Pas trop le temps de penser longtemps à sa carrière : on le fait, les yeux presque fermés, pour avancer, pour battre les meilleurs, pour chasser ses peurs qui décuplent avec l’âge. « Quand tu te fais mal avec un mouvement, tu dois le refaire tout de suite après », enseigne Alexandra, comme pour se convaincre, comme pour excuser le gros bleu qui a récemment hypothéqué sa cuisse. Nommée deux fois gymnaste de l’année chez Gymini et gagnante de nombreux prix dont une médaille d’or l’an dernier à l’occasion d’une compétition provinciale, la jeune fille rêve, comme bien d’autres avant elle, aux Olympiques. En 2020, à l’occasion des jeux de Tokyo, elle aura 17 ans, soit l’âge où une gymnaste atteint son apogée. Elle y pense, elle y rêve. Son entraîneur estime ses chances, parle de sa progression et des exigences et vit l’expérience une journée, une compétition à la fois. Mihaela Bar vient de la Roumanie et incarne la génération de Nadia Comaneci, la première gymnaste à obtenir la note parfaite de 10. Ça se passait à Montréal en 1976. Entraîneuse depuis 30 ans, elle vit au Canada depuis une douzaine d’années et connaît tous les rouages de son sport. Son idéal serait d’avoir une vingtaine de petites Alexandra, mais de pouvoir les prendre dès l’âge de 6 ans. Alexandra a été prise en charge vers 8 ans. Peut-être un peu tard, pense son entraîneuse, mais pas trop non plus : « J’ai vu une petite blonde qui n’arrêtait jamais. J’ai dit : je la veux, nous allons nous rendre loin ». Aussi loin que voudra bien l’amener son rêve, qu’il soit olympique ou non, Alexandra Goulet représente déjà un exemple pour les jeunes filles qui la regardent s’exercer chez Gymini. Toutes la trouvent spéciale, cette petite, comme l’appelle Mia : « Je suis au moment présent », s’exprime la principale intéressée. Voilà sans doute la meilleure façon de profiter de la vie si jeune et de construire le précieux édifice des valeurs sur lequel s’érigera la carrière de la jeune athlète. Que cette carrière soit faite de poutres, de barres ou de quoi que ce soit d’autre.

Quand tu te fais mal avec un mouvement, tu dois le refaire tout de suite après.