L’architecte du jeu

Mattéo Teixeira-Lussier

Mattéo Teixeira-Lussier
Mattéo Teixeira-Lussier

Il possède un nom pour gagner et a surtout la tête de l’emploi. Porté par le succès, Mattéo Teixeira trace tranquillement sa route parmi les plus talentueux de son âge et poursuit son rêve de fouler un jour un terrain de soccer vêtu d’un gilet de l’Impact de Montréal. Mais entre les nombreuses séances d’entraînement et les matchs au sein des différents clubs qu’il défend, le jeune homme doit aussi polir sa feuille de route scolaire, comme s’entêtent à lui rappeler ses parents. Quand l’inspiration passe par un adolescent de 14 ans, on la prend, on l’intègre et on l’écrit. Au cas où des oreilles curieuses passeraient pour écouter…

Ses amis à l’école secondaire du Chêne-Bleu le regardent partir, chaque jour, un peu avant l’heure du dîner. Certains jalousent ce départ hâtif sans se douter que le jeune homme roule deux heures quotidiennement pour se rendre à son lieu d’entraînement. Depuis deux ans, il chemine ainsi dans le programme sport-études de son école et se dirige droit devant, là où le vert des terrains qu’il piétine lui rappelle sans cesse le pourquoi de ces efforts et de cet amour inconditionnel pour le ballon rond. « Mattéo a toujours eu un intérêt pour ça », mentionne son père Jose Maria Teixeira, lui-même ancien joueur élite de soccer. « Ça n’a jamais été difficile de l’amener s’entraîner. Son éthique de travail a fait en sorte que ça l’a mené là où il est en ce moment. » Et là où il est en ce moment, c’est au sommet où un jeune joueur de soccer de cet âge peut espérer se rendre, soit dans un club triple A, celui de Saint-Laurent.

Il habite Vaudreuil-Dorion, mais aucune équipe du FC Trois-Lacs ne peut accueillir un joueur de sa trempe où les meilleures équipes portent le double A.

S’expatrier pour avancer

Il est d’ailleurs l’un des rares de sa catégorie à s’être ainsi expatrié en raison de son talent. En fait, il joue pour différents clubs depuis quatre ans, dont le Mont-Royal-Outremont ces trois dernières années : « Je voulais vraiment devenir meilleur », raconte Mattéo, avec l’assurance d’un vétéran. « Mon but était d’aller aux Jeux du Québec, parce que mon père aussi y était allé! » Il a atteint son but trois années plus tôt que le paternel, vêtu de l’uniforme du Lac Saint-Louis l’été dernier. Son rêve s’est poursuivi puisqu’il a aussi fait partie de l’équipe du Québec U14 ayant été sélectionné parmi 18 autres candidats sur 150 joueurs triés sur le volet. Partout où il est passé, on l’a nommé capitaine de son équipe, preuve d’un leadership assuré et d’une présence inspirante pour ses coéquipiers qui l’ont élu : « Mattéo a vraiment démontré une détermination incroyable », précise fièrement son père. « Il a passé à travers beaucoup d’épreuves. Il a participé à la Coupe Danone deux fois, personne ne l’a remarqué, mais il ne s’est pas laissé abattre. Il a toujours su mettre ça de côté. Il a indéniablement des qualités de leader. » Le principal intéressé écoute, sourit et garde la tête froide en préparant une réponse de capitaine : « Quand tu es plus petit, tu ne t’en rends pas compte », admet le milieu défensif. « Mais plus tu avances, plus tu vois que tu dois passer le ballon si tu veux progresser. »

La route est longue

Aux yeux de son père, cette progression suit le cours normal d’un jeune doué comme son fils : « Depuis deux ans, il s’entraîne tous les jours », précise-t-il. « Il a vraiment suivi toutes les étapes qu’un joueur doit suivre pour se rendre là. » Mattéo Teixeira s’entraîne chaque jour de la semaine au Centre haute performance du Québec situé au Complexe Bois-de-Boulogne. Avec l’Académie de l’Impact, c’est l’endroit où se retrouvent les meilleurs espoirs en soccer de la province. Depuis janvier, il drible, centre et déjoue l’adversaire avec les plus vieux (U15). À force d’affronter les meilleurs dans le domaine, comme ce fut le cas lors de son passage aux Jeux du Québec et dans le match qu’il a disputé au sein de l’équipe du Québec contre la Nouvelle-Écosse l’été dernier, le jeune ne peut faire autrement qu’évoluer positivement : « Ce ne sont pas les mêmes types de joueurs », raconte-t-il au sujet de l’équipe Québec.

« Dans mon club à Saint-Laurent, les joueurs vont avoir tendance à dribler et dès qu’ils vont être dans le trouble, ils vont donner le ballon. Dans l’équipe du Québec, le but est de nous faire faire le plus de passes possibles. » Peu ouvert à l’idée de s’arrêter en si bon chemin, Mattéo entend redoubler d’efforts afin de goûter à nouveau à l’euphorie de la victoire : « Cet été, j’aimerais gagner la ligue ou la Coupe du Québec », affirme-t-il, déterminé. « Si tu gagnes la ligue Élite AAA, tu peux aller au Championnat canadien qui réunit les meilleurs de chaque province. »

Tes notes, Mattéo, tes notes…

À la fin de l’entretien, nous sommes tentés de souligner les sacrifices et les efforts du jeune adolescent qui pourrait bien, comme d’autres à cet âge, prendre du bon temps, loin de l’entraînement, de la discipline et des ballons ronds. Mais ce serait oublier ceux qui depuis toujours accompagnent leur fils et leur fille Frédérique, qui suit depuis peu les traces du grand frère, aux quatre coins de leurs rêves, en brûlant des kilomètres de bitume, de temps et d’oubli de soi.

Jamais ses parents ne l’ont forcé ou même poussé sur les terrains verts; ils l’ont plutôt accompagné en le conseillant, en l’encourageant et en le menant à bon port. Le seul endroit où papa et maman se font plus insistants, c’est dans les résultats scolaires : « Ici, l’école, c’est important. C’est bien de rêver, c’est correct, mais garde-toi quelque chose. C’est important », lui conseille son père. Il se voit déjà ingénieur, architecte ou même pompier, mais il s’imagine surtout courir sur le terrain du stade Saputo : « Il se fait souvent dire qu’il est l’architecte du jeu », évoque sa mère Mélanie. « C’est un cerveau sur le terrain. Mattéo place les ballons, il calme le jeu », ajoute son père. « Ce n’est pas mon rôle non plus de dribler comme un malade », répond Mattéo. Au-delà du talent, du travail et de l’ensei­gnement, Mattéo Teixeira possède une qualité qui ne le quittera jamais : le zèle. Et cette fougue le transportera partout où il ira sur le grand terrain de jeu de sa vie.