Céleste Dao, golfeuse

Du haut de ses trois ans, Céleste Dao frappait déjà des balles dans le garage familial. Pas très loin de là, des yeux, ceux de son papa Duc, observaient cette petite sans se douter qu’un jour elle trônerait au sommet des espoirs québécois en golf. Amoureux de ce sport, Duc Dao s’est empressé de lui enseigner tout ce qu’il savait, non seulement sur le golf, mais aussi sur la vie en général. On dit que la pomme ne tombe jamais très loin du pommier. Dans le cas de Céleste, elle est tombée si près, qu’un nouveau pommier a déjà poussé en donnant les meilleures pommes qui soient.

L’histoire ne dit pas si Céleste Dao aime ou non les pommes, mais parmi les certitudes de sa vie, elle aime le golf. Elle adore le golf. Elle vit de golf. Initiée toute petite à ce sport autrefois réservé à la gente masculine, Céleste Dao passe 51 semaines par année à frapper des balles, à parfaire son élan et à concourir sur les terrains d’ici et d’ailleurs. 15 ans et déjà, elle trône au sommet en tant que meilleure golfeuse québécoise chez les moins de 18 ans et se classe 4e à l’échelle du pays. « From Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, Céleste Dao », entendons-nous de plus en plus souvent dans les haut-parleurs des plus prestigieux terrains de golf du Canada et des États-Unis.

La naissance d’une championne

Née aux États-Unis d’une mère québécoise et d’un père d’origine vietnamienne qui se sont rencontrés sur le campus de la Cité-des-Jeunes (il y a de ces histoires d’amour inspirantes), Céleste Dao participe à un premier tournoi mixte dès l’âge de 8 ans où elle termine 2e. C’est à cet âge qu’elle devient membre à part entière du club de golf Summerlea à Vaudreuil-Dorion où elle s’élance encore aujourd’hui de la fonte des neiges jusqu’aux premiers flocons. Adepte des sports d’équipe, elle développe rapidement une véritable motivation dans les tournois : « Au début, c’est décourageant, admet la jeune athlète au sujet de la pratique du golf qui traîne la réputation d’en décourager plus d’un. À 8 ans, tu n’as pas de patience, c’était vraiment long. » Duc Dao se rappelle les premiers élans de sa fille, frêle, discrète, mais non moins présente et autonome sur le terrain : « La première fois que je l’ai vu à neuf ans, avec tous ses bâtons, son GPS pour mesurer les distances, regardant les feuilles pour détecter la direction du vent, c’était quelque chose! Le sac était plus long qu’elle, on voyait juste ses yeux! » C’est à ce moment qu’un déclic se produit dans la tête de la jeune fille. Alors que la famille se trouve en Caroline du Nord où Céleste est née, elle voit un couple d’athlètes courir sur le terrain du campus. Elle questionne son papa pour savoir ce que font ces gens. Il lui explique qu’ils vont à l’école le matin et s’entraînent l’après-midi : « Elle m’a dit : c’est ça que je veux faire, raconte Duc Dao. Je veux aller à l’université, jouer aux sports et aller à l’école. » Céleste Dao poursuit en ce moment sa 4e année de secondaire au Chêne-Bleu dans le programme sport-études sous la supervision de son entraîneur personnel, Daniel Santerre (entraîneur de l’Association canadienne des golfeurs professionnels).

La naissance d’une championne

Ce programme né il y a cinq ans, vise à offrir aux jeunes athlètes en devenir, un environnement propice à leur développement, autant sur le plan académique que sportif. Le matin, Céleste, comme ses cinq autres camarades inscrits en golf, dont son jeune frère Malik, commence l’école un peu avant tout le monde et passe tous ses après-midis au dôme à Kirkland ou au Centre Multisports avec son kinésiologue Michael Gagné, afin de parfaire la pratique de son sport. « Il n’y a pas de perte de temps, raconte-t-elle au sujet de son parcours scolaire. Je trouve vraiment ça motivant et les profs sont toujours là pour toi ». Quand on le questionne sur Céleste Dao, Yannick Guay, coordonnateur du programme sport-études au Chêne-Bleu, ne tarit pas d’éloge sur l’élève qu’il côtoie depuis quatre ans : « C’est une athlète parfaite, s’exprime-t-il. Elle est autonome et elle a un excellent suivi à la maison ». Guidée aussi par son père, Céleste suit une routine qui lui est chère et de laquelle elle ne déroge pas. Une des clés, selon son père, au succès qu’elle connait : « Je l’ai introduit dès son jeune âge, précise Duc Dao. On ne doit pas déroger de la routine sinon, c’est là que le stress entre. Un golfeur fait toujours la même chose. L’exécution, c’est une demi-seconde, le processus avant d’exécuter, c’est ça qui est important. » Voilà peut-être l’une des raisons qui font qu’aujourd’hui, Céleste joue le plus souvent sous la normale et sous le regard étonné de ceux et celles qui ne l’ont jamais vu jouer.

En route vers la LPGA

Mais depuis quelque temps, il est de moins en moins fréquent qu’elle joue devant des inconnus, car elle a su, par son jeu impeccable, se faire remarquer : par les joueurs, par les entraîneurs et depuis peu, par les universités américaines. En fait, depuis son premier championnat canadien à l’âge de 13 ans, tournoi où elle affrontait des joueuses de 18 ans, elle ne cesse d’impressionner et de gravir les échelons. Sa 4e place à l’échelle du pays augure des jours heureux et son rêve de jouer sur les terrains de la LPGA (l’une sinon la plus importante organisation de golf professionnel féminin qui est basée en Floride) est peut-être plus près que jamais. L’été dernier, elle a d’ailleurs participé au US Girls Championship au New Jersey, soit l’équivalent du US Open féminin pour les moins de 18 ans, et elle y est allée en tant que seule représentante du Québec. Passer seulement les qualifications pour ce tournoi relève de l’exploit : « J’y suis allée sans stress, avoue la jeune golfeuse. Mon père ne m’a rien dit. Je jouais et j’avais du fun. Cinq personnes m’attendaient, j’avais un casier, un caddy et mon nom sur un chandail! » Elle a même été pressentie pour jouer dans l’équipe nationale, mais de concert avec ses parents, l’invitation a été déclinée : « Nous, on pense qu’on a une recette gagnante, affirme son père. Si je voyais qu’elle stagnait, je lui dirais que c’est le temps d’aller à une autre étape. » L’assurance démontrée par Céleste Dao, la constance dans sa progression et l’impression de réussite qui émane de son parcours laissent croire que cette autre étape viendra bien assez vite. Car au-delà du travail, des efforts et des balles frappées par 35 degrés Celsius en Floride ou par moins 1 degré à Vaudreuil-Dorion, la présence des parents est gage de réussite : « L’été, notre piscine est verte, confie Duc Dao. Un voyage en couple aux Bermudes ou au Mexique, on ne connait pas ça. C’est le sacrifice qu’on est prêt à lui donner pour qu’elle atteigne le sommet. Quand on regarde tous les athlètes qui ont performé au Québec, si les parents ne sont pas prêts à suivre leur enfant, ils ne peuvent pas atteindre des sommets. C’est la base : faut que les parents soient aussi engagés à 100 %. » Ne reste plus qu’une chose à souhaiter à Céleste Dao : la santé. Et cette santé commence peut-être par croquer une bonne pomme bien sucrée!

Patrick Richard