CLAUDIA WAGNER : Vivre et courir

Claudia Wagner parle de son histoire comme on raconte sa journée à un ami. Elle est née à Mascouche de parents allemands, a connu la course très jeune et a appris à la dure
à battre ses semblables qui elles, couraient avec des souliers. On écoute son histoire puis au fil du récit, nos yeux s’écarquillent et à un moment, on se dit que de telles histoires feraient l’objet d’une biographie en bonne et due forme ornée d’un titre plus vendeur que « Vivre et courir ». Car Claudia Wagner ne laisse personne indifférent quand elle court sur la piste du Centre Multisports. Si on ne l’a pas vu venir, on va la sentir passer tellement son rythme surprend. (Depuis que j’ai tenté de la suivre avec une caméra vidéo lors d’un entraînement,
ma cuisse droite sait qui elle est.) Portrait rapide d’une coureuse qui, à l’aube de la cinquantaine, s’impose comme athlète d’élite.

Pieds nus dans les patates

Elle a longtemps rêvé aux Jeux Olympiques et se classait parmi celles qui aspiraient à y aller. Initiée par un père coureur, elle a commencé sa première course en jupe et a poursuivi sa route en courant près de la ferme familiale, très souvent seule et pieds nus, sans entraîneur, dans les champs de patates ou dans la forêt avec son chien. Elle n’a jamais fait partie d’une équipe, mais n’a pas perdu son désir de courir pour autant. La course, c’est sa vie et sa vie, c’est la course : « Toutes mes heures sont faites autour de la course, admet-elle sans aucune hésitation. L’entraînement est premier dans ma vie et mon travail vient après. » Si elle s’entraîne si intensément, c’est qu’elle a un but bien précis : celui de devenir championne canadienne en pentathlon lors des championnats mondiaux des vétérans qui se tiendront à Toronto l’an prochain. Elle vise la première marche du podium et a la feuille de route qui lui permet d’y croire. Elle cumule de multiples titres canadiens et québécois dans la catégorie des 45-49 ans dans les disciplines du 200 m, 400 m, 800 m, 1500 m et 3000 m et se retrouve,
à l’aube de ses 50 ans, à la portée de nouveaux records.

À la mémoire de Bryan Liew

Mais au-delà des chiffres, des temps et des médailles, Claudia Wagner carbure aux gens. Quand elle est revenue s’installer au Québec après un séjour en Allemagne au début des années 2010, elle a emménagé à St-Lazare au même moment où le Centre Multisports ouvrait ses portes : « C’est un miracle que ce soit ici avec l’opportunité de faire un entraînement de course sur une piste de 200 m, s’exprime-t-elle au sujet du Centre qu’elle fréquente trois fois semaine. Ici, c’est optimal avec des courses et des entraînements à l’intérieur. » Un événement triste a toutefois assombri sa route il y a quelques années alors que son entraîneur de l’époque, Bryan Liew, est décédé subitement. Touchée et engagée, elle met sur pied la fondation Bryan Liew qui vise à construire une piste d’athlétisme synthétique extérieur qui portera son nom. Chaque année, en septembre, la course Bryan Liew attire de nombreux coureurs
à Saint-Lazare et tous les fonds amassés vont à la fondation.
Une façon pour Claudia Wagner d’aider et de se lier aux autres : « J’aime aider les gens, dit-elle simplement. Quand mon entraîneur est décédé en 2013, j’ai pris le groupe de coureurs et c’est moi qui les entraîne gratuitement, je le fais parce que j’aime la course, j’aime donner mon expérience et voir comment le groupe s’améliore. » On peut ainsi la voir, les mardi et jeudi matin, sur la piste du Centre à donner ses conseils aux coureurs tout en s’entrainant intensément : « Je peux
leur répondre parce que je sais ce que je dois faire, communique-t-elle. Je suis une femme, je peux faire deux choses en même temps ! »

Mi-allemande, mi-québécoise

Dotée d’une discipline qu’elle attribue à ses gènes allemands et animée d’une convivialité toute québécoise, l’athlète de 49 ans ne tient rien pour acquis et fait preuve d’un zèle dont seuls les athlètes de haut niveau ont le secret. Ce qui ne l’empêche pas de comprendre les gens, de les motiver et d’insister, parfois, sur l’importance de bouger. Elle conseille aux sédentaires curieux de se trouver une activité qu’on aime pratiquer, d’y aller une fois par semaine pour commencer et tranquillement d’augmenter le rythme jusqu’à ce que la pratique de cette activité devienne partie intégrante de notre mode de vie : « C’est aussi la discipline, enseigne-t-elle. Si tu veux faire quelque chose pour toi, pour ta santé, faut que tu te lèves le matin, que tu trouves un moment de la journée
où tu as du temps et que tu le fasses chaque semaine. Ce sont les premiers pas, les cinq premières minutes qui sont un peu dures, mais après ça, le soleil est là. »

Le soleil, pour Claudia Wagner, c’est de pouvoir courir en oubliant un peu le temps, ce temps qui aujourd’hui lui permet d’atteindre les plus hautes marches du podium.