De la première galipette au Tour de France

Parents, entraîneurs et éducateurs se demandent parfois comment maximiser les effets bénéfiques des activités cyclistes des jeunes. Cette question est d’actualité alors que de plus en plus d’adolescents se complaisent dans un mode de vie sédentaire où les équipements sportifs les plus courants sont la zapette, la souris et le joy stick. Ces enfants pas comme les autres qui sont pressés de suivre les pas des Hugo Houle et autres Magalie Tisseyre, quel cheminement doivent-ils prendre si on veut en faire des champions et des citoyens exemplaires?

Des objectifs qui évoluent selon le stade de développement du cycliste

Pour accompagner les enfants et les adolescents qui visent l’excellence – que ce soit en vélo de montagne, de route ou de piste – , et pour s’assurer qu’ils tireront de leurs expériences sportives un enseignement qui forgera leur personnalité et leur sera utile tout au long de leur vie, ça ne prend pas que des parents engagés. Ça prend aussi des programmes ajustés à leur niveau de développement. À chacune des phases, entre la première galipette et le podium du Tour de France, il faut mettre l’accent sur un élément particulier, qui dépend des degrés de maturation physique et mental du cycliste.

Pour les enfants qui s’initient aux sports cyclistes, les expériences doivent être plaisantes tout en leur donnant l’occasion d’apprendre et de parfaire des habiletés fondamentales. Il peut s’agir de jeux cyclistes, de BMX, de trial, de descente en vélo de montagne, pourvu que ces expériences soient positives. Il faut leur faire vivre des expériences de vie positives et ainsi développer leur estime d’eux-mêmes en les encadrant de façon appropriée.

Si ces expériences les amènent à vouloir faire des compétitions, il faut ensuite « les entraîner à s’entraîner ». À la fin de la puberté, c’est le moment de « les entraîner à courir », et il faut attendre le début de l’âge adulte pour « les entraîner à gagner ».

Il faut 10 ans d’entraînement intensif pour exceller en quoi que ce soit.
Herbert A. Simon
(1916 – 2001), Prix Nobel (1978)

L’enfant n’est pas un mini-adulte

Il est plus logique de miser sur le développement des habiletés générales avant de se concentrer sur le développement des qualités musculaires et cardiovasculaires. Les spécialistes de la croissance et du développement des enfants sont d’avis qu’il vaut mieux attendre la seconde partie de la puberté pour mettre l’accent sur le développement des déterminants physiologiques de la performance, les trois plus importants étant la consommation maximale d’oxygène (abréviation : VO2max), la capacité anaérobie et l’endurance aérobie.

Les parents qui voient un Antoine Duchesne ou une Clara Hugues dans leur enfant et qui les poussent, très jeunes, à faire des compétitions cyclistes et à trimer dur à l’entraînement, devraient avoir constamment à l’esprit que leur bonheur est bien plus important que leurs résultats sportifs. Même pour les jeunes en fin de puberté, la participation à des compétitions représente chaque fois non seulement un travail physique intense, mais également une charge émotive élevée. Ainsi, la participation fréquente à des compétitions, bien qu’utile au développement des qualités physiques, tactiques et techniques, peut dans certains cas présenter des risques qu’il faut savoir réduire autant que possible. Voilà pourquoi les jeunes athlètes doivent prendre le temps, avec leur entraîneur, d’analyser les programmes de compétition qui s’offrent à eux pour cerner les compétitions qui doivent servir de courses d’entraînement, celles qui comptent vraiment et… celles qu’il vaut mieux ne pas faire, histoire de ménager la monture et d’épargner quelques kilomètres à la voiture de papa ou maman!

Par Guy Thibault1 et Pierre Hutsebaut2
1 Conseiller scientifique de l’association Cyclisme Canada
2 Ex-directeur, association Cyclisme Canada maintenant au Peak Centre Montréal