Un bon jour pour courir

« Chaque jour est un bon jour lorsque vous courez », disait le célèbre poète sans nom lors d’une allocation sans voix dans un endroit inconnu d’une ville qui n’existe pas. Cet automne, au Centre Multisports, les bons jours se sont accumulés à bon rythme en raison de la présence du nouveau club de course à pied portant le nom du Centre où il a vu le jour. Par un soir lumineux de septembre, les habitués de course à pied, les curieux de nature et les marcheurs invétérés ont franchi les portes de l’institution sportive phare de la région, chaussures aux pieds, désir de courir au corps. La quarantaine de coureurs provenait de divers horizons, mais tous arrivaient au centre, unis par la seule volonté de jogger un, cinq, 10, 42 kilomètres. Pour les accueillir, trois kinésiologues, Sébastien Fournier, Sophie Lalonde-Mathers, Karelle Coté, et un coach expert en course à pied, Claude David. Sans oublier les installations du Centre Multisports, dont une piste d’athlétisme de 200 mètres. À vos marques, prêts, courez!

Quatre pros, trois groupes

Fondateur et entraineur du Club d’athlétisme de Vaudreuil-Dorion depuis le jour 1 de son existence il y a 16 ans, Claude David a développé au fil des ans un regard expert pour corriger les mauvaises postures et habitudes des coureurs. Quiconque a déjà enfilé une paire de souliers pour courir à l’une ou l’autre des courses organisées dans la région de Vaudreuil-Soulanges connait Claude David. Il a beaucoup donné à la course à pied et continue, malgré une retraite récemment entamée, à conseiller les jeunes et depuis peu les plus vieux : « Au début, il faut connaître son monde, précise-t-il. Les gens sont heureux d’être ici. Nous sommes quatre avec autant de personnalités différentes et la chimie s’installe tranquillement. Moi aussi j’apprends, je ne suis pas Dieu le père. La beauté de la vie est que tous ces gens-là m’apportent quelque chose. » Le plaisir est sans aucun doute ce qui caractérise le club qui a divisé ses membres en trois catégories afin de pouvoir offrir des entrainements spécifiques à chacun des groupes et quand il le faut, à chacun des membres. « On s’occupe d’eux autres, affirme Claude David. À quatre, personne ne sera négligée. »

Faire les choses différemment pour arriver au même but, pour que ce soit agréable et stimulant.

Préparer ses muscles à la course

Afin de veiller au bon entrainement de chacun, le club a mis en place une façon de faire qui intègre la planification proprement dite de la course d’une part et l’entrainement physique pour renforcir les muscles et améliorer la flexibilité d’autre part. D’un côté, l’expertise et l’expérience de Claude David, de l’autre, l’enseignement de trois kinésiologues, ces « professionnels de la santé qui utilisent le mouvement à des fins de prévention des blessures, de performance et d’enseignement », rappelle Sébastien Fournier kinésiologue affilié au groupe des plus endurcis. Et toute bonne planification de course comporte un temps de récupération à la suite d’un effort physique important, comme ce fut le cas en septembre après le marathon de Montréal. Au moment d’intégrer leur nouveau club, quelques-uns des coureurs venaient de terminer le marathon ou le demi-marathon et comme le fait remarquer Claude David, la récupération fait partie intégrante de l’entrainement : « Je crois qu’il fallait respecter la période d’après marathon pour éviter les blessures, pour récupérer. Et après avoir accompli quelque chose, il y a toujours un blues. Ça prend de la patience. « Aux côtés de ses consœurs Sophie Lalonde-Mathers et Karelle Côté qui supervisent les groupes de débutants et des intermédiaires, Sébastien Fournier, lui, observe les coureurs aguerris afin de les aider à améliorer leur façon de courir et ainsi, leur temps de course. L’enseignant au CÉGEP Gérald-Godin estime que les différents exercices de renforcement ne furent pas difficiles à intégrer au sein du groupe en raison des bénéfices qu’on en retire : « Certains coureurs ont des bobos et se demandent pourquoi, dit-il. Tant qu’on l’explique bien, ils comprennent qu’il y a une plus-value. Pour certains, c’est nouveau, mais c’est la méthode à faire. Il y a des étapes à suivre en préparation de course. On mélange les expertises. » Dans ce mélange, les membres du club se retrouvent donc avec les entrainements en pyramide concoctés par Claude David, où les intensités et les distances varient, et les séances de musculation et de flexibilité pensées par les kinésiologues. Les débuts et fins de séance, les mardis et jeudis soirs, commencent par des renforcements abdominaux, par la musculation des jambes ou par des exercices avec le rouleau mousse pour détendre les muscles travaillés. À ces cours, les entraineurs ajoutent des entrainements spécifiques à chacun afin de progresser et d’atteindre les objectifs souhaités. Car tout coureur le dira, pour garder la motivation, il faut un objectif. Pour plusieurs, ce but se concrétisera à la fin mai à l’occasion du marathon d’Ottawa. « Faire les choses différemment pour arriver au même but, pour que ce soit agréable et stimulant » affirme Claude David au sujet de la méthode d’entrainement du club. Il n’y a rien de plus stimulant que de faire quelque chose de nouveau et le but qu’on voulait atteindre, on l’atteint d’une manière différente ».

Courir seul ou en groupe?

Selon plusieurs, l’influence du groupe n’est pas indifférente à la progression parfois impressionnante d’un coureur qui pratique son sport avec ses pairs. Comprenant très bien ce besoin qu’ont certains de courir seul, Claude David estime que courir, telle une médiation, aide à solutionner ses problèmes et permet une évasion précieuse et bienvenue. Mais le groupe joue assurément un rôle de catalyseur : « Ce n’est pas tout le monde qui aime l’effet de groupe, mais l’effet de groupe est stimulant, pense-t-il. Surtout sur un projet comme un marathon, tu vas avoir besoin un moment donné d’une tape dans le dos et c’est le groupe qui va te la donner, parce qu’ils sont dans le même bateau. Mais il y en a qui ne veulent pas, il faut respecter ça ». Carole Marcoux, coureuse dans le groupe intermédiaire, n’aurait pu s’imaginer courir avec d’autres et aimer cela. Le plus souvent, elle courait seule, aidée par un programme puisé dans le livre Courir au bon rythme des auteurs Michel Gauthier et Jean-Yves Cloutier : « Courir seule me convenait, affirme la femme récemment retraitée. Mais courir en groupe est très stimulant. C’est au-delà de mes attentes. Ils sont quatre à nous suivre, ils sont tous à l’écoute et disponibles pour nous conseiller. Je suis déjà inscrite pour la prochaine session! » Si le groupe influence le rythme, le professionnalisme des entraineurs lui, assure une certaine pérennité : « Notre force est d’avoir séparé ça en groupes spécifiques, mentionne Sébastien Fournier. C’est adapté au niveau des personnes, chacun des niveaux est supervisé par un kinésiologue, ce qui est rare. Ici, nous sommes l’un des seuls centres au Québec qui n’emploie que des kine. Avec le club de course, tu es sûr d’être bien encadré ». Pour souligner davantage la pertinence de l’entrainement offert aux membres du club, Sébastien Fournier ajoute qu’il n’y a aucun blessé parmi la quarantaine de membres actuellement inscrits au club et que tous s’améliorent en vue d’atteindre leur objectif, soit de courir un 5 km, un marathon ou toute autre distance plus grande que celle séparant un divan d’une télé : « Il y a les outils nécessaires ici pour vous amener plus loin et les experts pour ce faire, résume Claude David. Je suis tombé en amour avec mon groupe, la motivation est très bonne! » Parions qu’avec les sursauts climatiques des hivers d’aujourd’hui, les apprentis coureurs seront encore plus nombreux à franchir les portes du Centre Multisports en janvier afin de courir sur la piste aux sons des conseils des professionnels aguerris ou aux pas des partenaires altruistes.

Patrick Richard