Les rendez-vous manqués

Avez-vous déjà raté un important rendez-vous? Du genre chez ce médecin que vous espériez voir depuis l’Expo 67, ou encore au pied du lit de votre femme qui accouche de votre premier enfant? Pour ma part, quand je regarde la feuille de route de ma vie, tous les rendez-vous importants que j’ai manqués ont tous un rapport avec le sport.

Par ordre chronologique, je suis né en 1975. Jusqu’en 1979, le Canadien a remporté quatre coupes Stanley consécutives et je les ai toutes manquées. Trop jeune pour en profiter et trop inconscient pour penser en jouir pendant que ça passe, car après cela, nous apprendra la petite histoire, ça n’arrivera plus. De là, je fais un saut en 1988 à une époque où j’étais jeune, un peu «rejet» et pris dans je ne sais trop quel étau autour de moi. Un soir de printemps ennuyeux, alors que j’arbitrais ma première partie de base-ball (un jour, nous serons intimes, et je vous expliquerai le pourquoi de ce travail), le lanceur s’élance, la balle touche au sol avant de tomber dans le gant du receveur, le frappeur regarde passer la balle en baillant et moi, dans un élan de nervosité que je transporterai dans mon cercueil, j’appelle une prise. Un entraîneur anglophone me lance des insultes en anglais, j’apprends de nouveaux mots et me demande intérieurement ce que je fous là. Mon rendez-vous avec le baseball repassera six ans plus tard lors d’une série mémorable entre les Braves et nos Expos qui fi laient alors le parfait bonheur. Cette série allait attirer des foules records au Stade et j’avais mon billet pour le match décisif pour la première position. Je n’y suis pas allé. J’ai encore mon billet intact dans une petite boîte cachée de je ne sais qui dans mon placard.

Entre ces deux évènements, nous nous sommes inscrits, mon ami Jean-François et moi, dans une équipe de football. Nous avions 15 ans et étions intoxiqués. Par la vie, l’alcool et les nuits folles. Et parfois les fruits frais. Nous avons payé l’inscription de 75 $, une fortune à 15 ans, mon ami aux longs bras a été désigné quart-arrière partant après une seule séance d’entraînement et moi, milieu défensif ou quelque chose du genre. Nous avons joué une partie avant de prendre notre retraite et retourner nous intoxiquer. Décision d’imbéciles, indécision adolescente. J’étais aussi allé m’asseoir au Forum de Montréal le 20 juin 1992 lors de ma première année d’admissibilité au repêchage de la LNH. J’ai cessé de jouer à l’âge de 11 ans, mais qui sait quand son jour de chance passe… Roman Hamrlík était parti avant moi et le Canadien a finalement jeté son dévolu sur le grand David Wilkie. L’année d’après, ne me doutant pas que la Sainte-Flannelette allait se rendre jusqu’au bout, je suis allé visiter Paris avec ma douce de l’époque. Nous étions jeunes, nous étions fous et j’étais con. Parti, je suis – non mais quel con – du 2 au 16 juin, le Canadien a soulevé la coupe le 9 et paradé trois ou quatre jours après. J’ai appris la nouvelle sur une plage de Nice, j’étais en cri… en crise.

Je survole les années et passe sur ma réconciliation avec le sport joué et regardé (je n’ai plus jamais arbitré) et je me retrouve aujourd’hui devant un rendez-vous que je ne manquerai pour rien au monde, celui lancé par le Centre Multisports avec le projet Horizon 2035. J’aurai alors 60 ans et pourrai enfin dire, lors d’une conférence donnée en l’honneur du niveau tout à fait normal de mon taux de cholestérol, « Mes chers amis, le sport ne fait pas vivre plus vieux, mais fait vivre plus jeune. Bonne soirée! »

Patrick Richard