« Le tennis et le ping-pong, c’est pareil. Sauf qu’au tennis, les joueurs sont debout sur la table ». Cette jolie citation du regretté comique français Coluche nous permet une entrée en matière dans ce sport qui a su et qui sait encore nous offrir des moments inoubliables. Qui ne se souvient pas de cette finale épique de Wimbledon en 2008 entre Rafael Nadal et Roger Federer, une finale considérée comme l’un des grands matchs de l’histoire du tennis? Combien de passions sont nées à la suite de ce duel? Toute personne amoureuse du tennis a son joueur favori, son match fétiche, ses souvenirs bien intacts. Le tennis transporte, transforme et transmet ce petit quelque chose qui a un je-ne-sais-quoi. Transportons-nous le temps d’un article dans ce monde à travers les yeux de ceux qui le jouent, qui l’ensei­gnent et qui le réinventent.

Le 7 juillet 1985

Dans la hiérarchie du tennis, il existe différents niveaux que sont Tennis Québec, Tennis Canada, la Fédération internationale de Tennis (ITF) et l’Association des joueurs de tennis professionnels (ATP). Mais il y a aussi des tournois régionaux, provinciaux, nationaux et internationaux ; on y retrouve des joueurs amateurs et professionnels qui ont peut-être ou non suivi des cours pour enfants et pour adultes, connu des clubs, soulevé des coupes, côtoyé des athlètes sur de bons et de moins bons terrains, intérieurs et extérieurs. Il y a tout un univers dans lequel le néophyte peut se perdre et se décourager. Pour y voir clair, on demande à quelqu’un comme Étienne Bergeron de nous diriger. Bien connu sur la scène du tennis provincial, Étienne Bergeron entraîne et forme la relève du tennis québécois depuis 1988. Il a fondé EB Tennis il y a un quart de siècle dans le but de développer le tennis dans le sud-ouest du Québec. Certifié entraîneur 3 haute performance et professionnel de club 2 avec Tennis Canada, Étienne Bergeron n’aimait pas le tennis. Du moins, jusqu’au 7 juillet 1985 : Boris Becker remporte alors le tournoi de Wimbledon. « J’étais chez ma grand-mère à Québec, se rappelle l’homme qui a grandi à Pincourt. J’en revenais pas comment le tennis pouvait être cool. Je me suis tout de suite associé à lui. Au retour, on ne faisait rien d’autre que de jouer au tennis. On regardait des matchs en slow motion sur VHS pour essayer de comprendre les coups, les revers des joueurs. » Cette fascination pour le tennis ne l’a jamais quitté depuis, si bien qu’aujourd’hui, une très grande partie de sa vie se passe sur les courts : « Plus jeunes, on jouait avec des raquettes en bois de neuf tonnes sur des terrains trop grands, avec des raquettes trop grandes et des balles qui rebondissaient trop. Maintenant, ton terrain est beaucoup plus petit, ta balle est moins compressée, elle rebondit moins, tu as une raquette correspondant à ta morphologie. De cette manière-là, les jeunes sont capables d’avoir un succès et de participer plus tôt. »

Apprendre progressivement

Cette nouvelle façon de faire, importée de Suisse il y a une quinzaine d’années, est appelée l’appro­che progressive, soit une approche adaptée à l’enfant et qui donne la possibilité de jouer à tous âges : « Il y a du tennis scolaire, parascolaire, il y a des programmes récréatifs et municipaux, résume Étienne Bergeron. Il y en a aussi beaucpup dans le privé. Au Centre, on est chanceux, on fait du tennis récréatif sur des terrains de tennis. Les premiers courts intérieurs que j’ai eus, c’était ceux de la Cité-des-Jeunes dans des gymnases en bois. C’était injouable, mais on jouait au tennis toute l’année pareil. Maintenant, il y a des programmes ici et là pour les citoyens. » Partout dans Vaudreuil-Soulanges, les clubs et les ligues pullulent l’été venu. Depuis trois ans, le programme Sport-études à l’école secondaire du Chêne-Bleu offre aussi la possibilité aux jeunes intéressés de poursuivre leur apprentissage du tennis au Centre Multisports. EB Tennis est mandataire du programme : « Le
tennis demande de l’autonomie, juge Étienne Bergeron. Tu commences tout seul sur le terrain, tu te gères pendant trois heures. Tu dois gérer le stress, la solution de problème, être autonome, organisé, rester professionnel tout le temps, être respectueux, jouer avec l’honneur, être intense, être persévérant, tenace. C’est ça le bagage qu’on donne. On n’a pas les meilleurs encore, mais on a des jeunes qui se développent à un bon rythme dans un environnement sain. » Comme de nombreux sports ces dernières années, le tennis bénéficie d’une approche qui sort dorénavant les sports de leur zone habituelle. La façon de travailler, de progresser impose une approche axée sur le développement global et l’apprentissage d’autres sports : « Je ne peux pas prendre le tennis et faire un athlète juste avec le tennis, ajoute Étienne Bergeron. Il y a d’autres mouvements qui entrent au niveau de la perception, au niveau des habiletés de coordination, juste au niveau de comment tu fonctionnes avec ton corps. En bas de 10 ans, tu ne devrais pas juste faire du tennis. Tu devrais faire autre chose, tu devrais faire un paquet d’affaires. C’est supposé être 50/50, développement physique et développement tennis. Mais c’est dur à vendre. Les parents ne sont pas sensibles à ça. » C’est d’ailleurs cette approche multidisciplinaire qui est enseignée en Sport-études. Et parmi ceux qui ont connu un développement rapide en tennis, le nom de Mathieu Morin vient bien haut en tête de liste.

Frôler la mort et jouer au tennis

Le jeune homme vient de terminer ses études secondaires et aspire à poursuivre son apprentissage dans une université américaine l’an prochain. « Il faut se familiariser avec autre chose que notre zone de confort, explique-t-il. Ça va nous donner une vue différente sur le tennis. Aux États-Unis, ils ont une façon différente d’enseigner le tennis ». Quand on lui demande ce que le sport lui apporte, Mathieu Morin parle principalement d’autonomie : « Quand tu es sur un court et que tu joues un match, tu es laissé à toimême, s’exprime-t-il. Quand tu vas faire face à des situations, tu vas savoir quoi faire. Ça aide à avoir des idées claires. » Mathieu Morin sait de quoi il parle, lui qui a frôlé la mort il y a quatre ans après avoir violemment chuté sur la tête en descendant une côte en longboard. Quelques mois après son accident, il faisait ses premiers pas sur les courts et se classe aujourd’hui parmi les meilleurs espoirs de sa catégorie : « Il y a toujours une partie de moi qui pense à ça, je suis très reconnaissant d’être encore là, j’essaie de profiter de tous les moments que j’ai, raconte-t-il sereinement. En entraînement, je ne vais pas niaiser, j’essaie de me pousser au max parce que je sais que si jamais mon accident avait été fatal, je ne serais pas ici en ce moment. » Très fier de ses joueurs et constamment là pour leur rappeler que chaque balle compte, Étienne Bergeron, son entraîneur, peine maintenant à jouer contre son élève : « Pour moi, c’est le grand frère de la gang, c’est lui que tous les jeunes aspirent à être, c’est probablement le meilleur joueur de la région de cet âge-là. »

Un cordier fou et génial

En marge de l’enseignement et de la pratique du tennis, d’autres passionnés, comme Serge Thibodeau, s’affairent à parfaire les équipements. Nous ne sommes plus dans l’utilisation de raquettes en bois comme c’était le cas dans les années 1980, mais il semble qu’il reste encore du progrès à faire, notamment sur le cordage des raquettes. Originaire de Granby et habitant Vaudreuil-Dorion depuis une trentaine d’années, Serge Thibodeau, grand amoureux de tennis, a eu un jour une vision : « Dès que j’ai cordé ma première raquette, j’ai trouvé que ça n’avait aucun sens que les cordes aient la même tension, relate l’ancien technicien en électronique. Cette journée-là, je me suis dit que j’allais avoir le meilleur procédé de cordage au monde. » L’homme a travaillé pendant 12 ans comme un moine dans son sous-sol afin de parfaire sa technique et développer une base de données dans laquelle se retrouvent 660 modèles de cordages. Avec son procédé, l’endroit parfait de la raquette, communément appelé le sweet-spot, soit l’endroit où la balle sera frappée avec le plus d’efficacité et de précision, est passé de 12 % à 70 %. « La ligne est mince entre le génie et la folie, affirme l’inventeur avec humour. Aujourd’hui, j’aime mieux dire que c’est génial ce que j’ai fait! » L’homme a déjà été approché pour vendre son procédé, mais attend patiemment la bonne offre en poursuivant son travail et en offrant confort et performance aux joueurs qui lui font confiance. Qu’ils soient entraîneurs, joueurs ou entrepreneurs, le tennis rejoint de plus en plus d’adeptes qui espèrent toujours plus de terrains et surtout, plus de confrontations épiques Nadal-Federer. Pourquoi pas Morin-Federer? Faudra faire vite avant que ne soit frappé le dernier service…

Patrick Richard